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samedi 13 septembre 2008

ritournelle New Orleans

La dernière écluse de dix sept mètres nous paraît petite. Par contre on ne peut s’y attacher. Le moteur du bateau doit donc y tourner constament et transforme le l’endroit en forteresse sonique. On s’y adapte en faisant chorus avec les mégaphones. Philip se joint à nous pour placer quelques voix diphoniques. On s’en échappe en singeant une ritournelle New Orleans…

European Sound Delta esxrtact
IMG/mp3/JP_Phil_newOrlean_final_extract.mp3

Libèrés, ou peut être abandonnés par cette ultime écluse, on aborde à quelques kilomètres de Nuremberg, rejoignant un taxi, puis un train en guise de moyens de transport bien plus triviaux. Notre voyage est terminé. A terre pendant plusieurs jour on tangue quand on marche dans les rues de Paris. Ca s’appelle le mal de terre… je ne savais pas que ça existait.

vendredi 12 septembre 2008

Ecluse GEANTE

Nous le savons et nous le redoutons, ce sont les derniers kilomètres qui nous donneront les meilleurs résultats. Avec un jour de retard sur notre feuille de route initiale, nous ne sommes pas certain d’arriver à temps à proximité de Nuremberg. Michel, devenu notre fidèle auditeur, vogue jusque tard dans la nuit pour nous mener au bord de la première des écluses géantes. Cette nuit on bivouac à quelque centaines de mètres de là. C’est aussi notre dernière nuit à bord. Notre communauté provisoire de dix personnes va se séparer. On en éprouve un petit pincement, mais chacun le garde pour soi. Je veille tard avec mes compagnons Eve, Philip et Vincent sans qui notre voyage n’aurait pas eu le même enchantement. Puis je me lève tôt. A cinq heures Knut et moi sommes sur le pont. Il fait froid, humide. En moins d’une heure tous les autres occupants du bateau sont là, emmitouflés, pareils à nous, fascinés, tout comme nous. Le sésame de l’écluse la plus grande d’Europe s’ouvre lentement devant nous. Vingt cinq mètres d’une descente abyssale dans un bunker à ciel ouvert de plus de deux cents mètre de long. Les petits trente huit mètres de l’Ange Gabriel se collent à des bites d’amarrages ascensionnelles. On est littéralement attaché, les milliers de mètres cubes résonnants de notre cale laissent entendre les plaintes sublimes du bateau nu, moteur coupé, élevé gentiment par les flots. Sur le pont de notre péniche bondage, chaque grincement de corde devient une note cuivrée amplifiée par les résonances. J’y improvise un concert, juste équipé d’un harmonica, et sans système d’amplification. Je suis littéralement entouré de phonèmes sonores qui me parlent sur fond de litanie bluesy industrielle. J’y réponds par petites saccades soufflées. Dans le casque que je porte sans cesse, tous ces bruits me parviennent en une gamme bien plus disciplinée et plus construite que je ne l’aurais cru. Nous voulions êtres tonitruant, nous sommes doux, entièrement à l’écoute de l’œuvre-écluse. La nature nous envoie comme spectateur un oiseau joueur qui répond aux accords mineurs.

mercredi 10 septembre 2008

Ecluses et rituel sonore

Les microphones sont ici les instruments principaux. Avec un set de deux microphones à longues portée (des Sennheiser MKH 70), on enregistre deux sources distinctes de la même réverbération. L’un est dirigé en proue du navire et vise donc la porte de sortie lointaine d’une soixantaine de mètres, l’autre, est à flanc et enregistre la réverbération latérale plus proche. D’autres micros de proximité captent un point précis, et nous donnent des informations sonores plus sèches que l’on est libre, dans notre jeu musical, d’inclure ou pas dans la chaine de la convolution. Ainsi Knut impulse des bruits électroniques à la façon d’un sonar métronomique, Sarah compose des fréquence pures avec un assortiment de boitiers électriques, Dinah récitent au megaphone quelques une de ses Yellow Sticky Thoughts —ses pensées post-it— recueillies à la façon d’un livre de bord aléatoire durant notre périple, pour ma part, je m’empare du deuxieme mégaphone, usant de bouche, cliquetis dentale et borborygmes en réglant les modulations de sortie jusqu’à l’extrême limite du larsen. Ainsi, chaque écluse donne lieu à un rituel sonore pendant une quinzaine de minutes. Mais aucune d’elles ne se dévoilent avant qu’on y pénètre, elles se jouent de nous comme on joue d’elles.

DinahBird (voix_microphones) et Jean-Philippe Renoult (megaphone_microphone) improvisent dans une écluse :

European Sound Delta esxrtact
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dimanche 7 septembre 2008

Eclatement

Une première nuit à bord… on dort comme des bébés. Le matin on se réveille à Passau, première ville Allemande où l’on accoste un court moment. En s’y promenant à l’aube, on peut observer un phénomène naturel exceptionnel. A la pointe de la vieille ville, le confluent du Danube croise deux rivières, l’Inn et l’Ilz. Il est alors possible de différencier les trois cours d’eaux à l’endroit où ils se rejoignent grâce à leurs couleurs différentes. Pour autant, la légende ment : le Danube n’est jamais bleu, même s’il est souvent beau… Il ne faut jamais croire les musiciens.

La deuxième ville que l’on accoste est Regensburg. Célèbre pour son pont de pierre, son immense cathédrale à double clocher, et son natif notoire, Benoit XVI. Seule un flopée de carte postale à l’effigie du Pape nous signale cela, tandis que dans un bureau de presse on apprend par la Une du Figaro que celui-ci se promène en France… On est bien là.

En quittant Regensburg, il nous faut faire demi-tour. La péniche ne passe pas sous le pont de pierre. On retrouvera le Danube un peu plus loin. Pendant ce temps nous préparerons notre installation sonore à même le Navire. Elle dépend de lui et surtout des écluses géantes que nous nous apprêtons à traverser. Ces écluses, les plus grandes d’Europe, sont un véritable écrin à sons, riche d’une réverbération unique et à proprement hallucinante. Elles sont la base de notre travail et de ses variations. Nous les abordons à travers différente configurations d’enregistrement et un instrumentarium varié, mais chaque fois le principe est le même. Nous faisons de la résonance naturelle du locus notre matériau premier et improvisons un schéma parfois musicale parfois bruitiste en recueillant les larsens et feedback produits sur place. Sarah Washington et DinahBird en proue du navire. Sarah dans l'instant d'éclater un ballon Ainsi on aborde les écluses en générant un son premier en éclatant une série de ballons de baudruche.

European Sound Delta esxrtact
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Ce bruit sec et caractéristique est aussitôt amplifié et transformé par la réverbération naturelle de l’écluse. Ces sons nous servent de mesure acoustique. Il s’agit en fait d’enregistrer une empreinte de la réverbération, et d’ensuite, l’appliquer sur d’autres motifs sonores de notre cru. C’est en jargon technique un principe de « convolution ». En administrant la convolution en retour, on créer un phénomène de feedback permanant. Feedback qui lissent les sons jusqu’a une quasi disparition du message initial au profit d’une dissolution dans des harmoniques élevée par les larsens. Dans notre phase de test, on entonne en riant les paroles de l’œuvre fondatrice de Alvin Lucier : « I’m Sitting in a room » qui exploitait le même principe en 1970.

samedi 6 septembre 2008

Arrivée à Linz

C’est à Linz queSarah Washington, Knut Aufermann, DinahBird et moi rejoignons l’équipage European Sound Delta. La troisième ville Autrichienne est dévouée à l’art numérique pour le sacrosaint Ars Electronica et ses remises de prix, les dits « Golden Nicas ». L’édition 2008 en déçoit certains, à laquelle répond la plaisanterie locale : « Ars Electronica » pourvoit ses « Golden Nickers ».

On y est à quai face au bureau de la manifestation. Nous sommes impatient de voguer, mais il nous faut attendre le gasoil. Tôt le mardi matin, on fait le plein ; pas comme le tout a chacun qui va à la pompe, mais dans le cas présent, c’est un bateau fuel qui vient à nous. On fait un plein de 2000 Euros… Et on y go. Trois cent cinquante kilomètres à tenir en remontant le Danube jusqu’à Nuremberg, notre destination finale.

A bord, on fait peau neuve… Bateau lavé, javellisé dans tous les coins. Notre premier travail n’a donc rien à voir avec la musique ou les art sonores. On devient tous chefs nettoyeurs. Vincent, Philippe, Eve qui sont à bord depuis le début du voyage, mettent les deux mains à la pate. On repart à huit résidents, plus deux hommes d’équipage, dans un bateau « assaini ».

Au fur et a mesure que nous grimpons le fleuve, il se rétréci. Nous quittons L’Autriche, patrie du « Beau Danube Bleu » que composa en son temps Johann Strauss, pour franchir l’Allemagne… frontière invisible à nos yeux, mais dont prend fort déontologiquement conscience, Michel, notre capitaine, qui change le drapeau de proue aux profit des couleurs locales, alors que celui de poupe reste celui de l’origine de notre « Ange Gabriel », la Belgique.

A bord, on dompte le navire et ses bruits. Les drones redondants que produit le moteur procurent un doux plaisir hypnotique. En cabine, on sieste à l ‘écoute de ses bourdonnements étouffés. Les modulations continus du moteur se donnent à entendre comme un chœur grave dès les premières écluses que nous abordons. Elles nous donnent une idées de ce que va devenir notre projet quand nous seront plus en amont… mais… nous n’y sommes pas encore. On teste le matériel embarqué : un attirail de bric et broc d’électronique lo-fi fabriqué par Knut et Sarah, de notre coté, deux puissants mégaphones, des baguettes, un sifflet, un harmonica, et des micros en tout genre. Megaphone_instru_table