Une première nuit à bord… on dort comme des bébés. Le matin on se réveille à Passau, première ville Allemande où l’on accoste un court moment. En s’y promenant à l’aube, on peut observer un phénomène naturel exceptionnel. A la pointe de la vieille ville, le confluent du Danube croise deux rivières, l’Inn et l’Ilz. Il est alors possible de différencier les trois cours d’eaux à l’endroit où ils se rejoignent grâce à leurs couleurs différentes. Pour autant, la légende ment : le Danube n’est jamais bleu, même s’il est souvent beau… Il ne faut jamais croire les musiciens.

La deuxième ville que l’on accoste est Regensburg. Célèbre pour son pont de pierre, son immense cathédrale à double clocher, et son natif notoire, Benoit XVI. Seule un flopée de carte postale à l’effigie du Pape nous signale cela, tandis que dans un bureau de presse on apprend par la Une du Figaro que celui-ci se promène en France… On est bien là.

En quittant Regensburg, il nous faut faire demi-tour. La péniche ne passe pas sous le pont de pierre. On retrouvera le Danube un peu plus loin. Pendant ce temps nous préparerons notre installation sonore à même le Navire. Elle dépend de lui et surtout des écluses géantes que nous nous apprêtons à traverser. Ces écluses, les plus grandes d’Europe, sont un véritable écrin à sons, riche d’une réverbération unique et à proprement hallucinante. Elles sont la base de notre travail et de ses variations. Nous les abordons à travers différente configurations d’enregistrement et un instrumentarium varié, mais chaque fois le principe est le même. Nous faisons de la résonance naturelle du locus notre matériau premier et improvisons un schéma parfois musicale parfois bruitiste en recueillant les larsens et feedback produits sur place. Sarah Washington et DinahBird en proue du navire. Sarah dans l'instant d'éclater un ballon Ainsi on aborde les écluses en générant un son premier en éclatant une série de ballons de baudruche.

European Sound Delta esxrtact
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Ce bruit sec et caractéristique est aussitôt amplifié et transformé par la réverbération naturelle de l’écluse. Ces sons nous servent de mesure acoustique. Il s’agit en fait d’enregistrer une empreinte de la réverbération, et d’ensuite, l’appliquer sur d’autres motifs sonores de notre cru. C’est en jargon technique un principe de « convolution ». En administrant la convolution en retour, on créer un phénomène de feedback permanant. Feedback qui lissent les sons jusqu’a une quasi disparition du message initial au profit d’une dissolution dans des harmoniques élevée par les larsens. Dans notre phase de test, on entonne en riant les paroles de l’œuvre fondatrice de Alvin Lucier : « I’m Sitting in a room » qui exploitait le même principe en 1970.